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Carte chemin

Carte chemin

SERRA-DI-FERRO

SERRA-DI-FERRO
La commune de Serra-di-Ferro se trouve à l’embouchure du fleuve et de la Vallée du Taravo. Constituée par un maillage de petits hameaux, elle a pour marine Porto-Pollo et pour chef-lieu le village même de Serra-di-Ferro qui lui a ainsi prêté son nom et par là même sa réputation.
Serra-di-Ferro signifie en effet en langue corse « cime propice à la culture du froment » ; ce qui en dit long sur la fertilité des terres et sur les reliefs contrastés de plaine et de collines de ce territoire. Ainsi installé sur un promontoire, le village de Serra-di-Ferro offre une vision étourdissante de vert et de bleu apportée par la végétation particulièrement luxuriante et les deux rives marine et fluviale.
Pourtant, les populations durent attendre longtemps et jusqu’au 19ème siècle, pour gagner la « Piagghia » (plage au sens de plaine) de leurs communautés d’origine situées en montagne dans la Haute Vallée du Taravo. Avant cela, en raison des périls barbaresques et de la Malaria, elles cultivaient une perception sombre du littoral, faite comme l’enseigne la toponymie locale pour illustrer ces deux fléaux, de rouge et de noir.

A travers les chemins, vous serez surpris que les paysages marins éblouissants de beauté, les monuments biologiques emprunts de quiétude et de biodiversité, les sites archéologiques parmi les plus renommés de la Méditerranée, aient été entachés de tonalités aussi particulières par les hommes et les femmes de cette contrée.

Le Noir … LIEU-DIT TURRACONU

Le Noir  … LIEU-DIT TURRACONU
C’est à Turraconu que débute l’histoire du Noir.
De Turraconu ou de « la Grande Tour de Serra-di-Ferro », il n’existe presque plus aucune trace. A son emplacement au fond de cette impasse, un camping s’est installé depuis longtemps.
Pourtant même sans vestige, même sans une ruine, la mémoire collective en conserve le souvenir puissant. En effet depuis toujours, on l’appelle également « I Sarracini » ; ce qui veut dire « Bourgade des infidèles les Sarrasins ».
Mais en réalité, Turraconu était un très grand site préhistorique qui dominait par l’Ouest deux étroites vallées et s’étendait par l’Est jusqu’aux contreforts de la baie de Porto-Pollo.
Sous l’impulsion de l’Eglise qui souhaitait ainsi christianiser l’île, il fut associé, comme d’autres lieux préhistoriques, au paganisme le plus effroyable par le prétendu passage de l’ennemi juré des populations : l’envahisseur turc.
Par le voisinage de la mer qui en ces temps déversait le flot intarissable des assaillants, il fut également affublé d’avoir été le fort protecteur d’une agglomération mauresque, tout comme certaines tours du littoral qui pourtant avaient été édifiées pour défendre les populations locales.
Remontez à présent le long de la route en direction du château d’eau. Avant de l’atteindre, prendre à droite le chemin en terre signalé en direction de Porto-Pollo.

Le Noir … Sur le Chemin en terre signalé en direction de Porto-Pollo

Le Noir … Sur le Chemin en terre signalé en direction de Porto-Pollo
De tous temps, la Corse connut des occupants.
Certains devinrent ses habitants tels les torréens et les tyrrhéniens durant l’Age du Bronze, peuples indo-européens hostiles aux insulaires et qui s’installèrent dans les basses terres du Taravo.
Les siècles qui s’écoulèrent après Jésus Christ virent défiler tour à tour, les Grecs, les Byzantins, les Lombards, les Etrusques, et bien d’autres encore, ainsi que les Romains.
Ces derniers, si l’on en croit ce qui se raconte, faisaient escale dans la petite rade de Porto-Pollo dont le nom latin Pauca ou Paulus était aussi celui de la petite ville d’où ils venaient et entamaient leur périple.
Des Vandales germains qui envahissent la Corse au cinquième siècle et importent le paludisme qui fit ravage auprès des habitants des rivages marécageux, il n’existe plus le souvenir des sanglantes incursions.
Ce sont les razzias sarrasines du huitième et du neuvième siècles et plus tardivement turques du dixième au dix-septième siècles, qui ont laissé des traces profondes au sein des populations et, ont marqué de cette façon la période la plus noire de leur histoire.

Le Noir … LE CAMP DES ITALIENS

Le Noir … LE CAMP DES ITALIENS
Enfoui à travers le maquis, il est difficile d’apercevoir depuis ce chemin, ce que l’on appelle ici le camp des italiens. Construit durant la guerre de 1939-1945, il incarne avec d’autres bâtiments de ce type en Corse, la fin définitive de la période d’occupation de l’île.
Dominant l’anse de Cupabia que l’on aperçoit de là, c’est à raison que les italiens qui avaient installé un canon à cet endroit, craignaient une attaque des forces alliées depuis la mer. Le 6 juin 1943, le sous-marin Casanova, parti d’Alger, débarqua sur cette plage les hommes et les matériels qui devaient participer à la libération de la Corse deux années avant l’hexagone. Pourtant au-delà de la gravité des événements qui se sont produits à cette époque, les corses ont conservé longtemps les signes d’une rancune profonde envers leurs voisins de la péninsule.
La haine alimentée pendant des siècles contre l’occupant génois, qui notamment s’était attribué la construction des tours littorales alors qu’elles avaient été financées par les habitants des pièves, a trouvé dans ce dernier épisode de présence italienne l’occasion d’un réveil en sursaut.

Le Noir… LIEU-DIT BIANCHINA

Le Noir… LIEU-DIT BIANCHINA
Après le camp des italiens, sur la rive droite du chemin, un lieu-dit en surplomb de la baie de Cupabia, s’appelle Bianchina. Il évoque littéralement la couleur blanche. On peut alors s’interroger sur sa correspondance avec le Noir. A moins qu’il y ait fort longtemps, les corses infligèrent à cet endroit un sérieux revers aux envahisseurs turcs ou sarrasins ? Le blanc n’est-il pas la couleur du deuil dans les pays musulmans ?

Plus sûrement, ce toponyme aurait été emprunté au parlé ajaccien et ferait référence à la mort. Il pourrait dans ce cas s’agir de cette terrible « fièvre blanche » du nom de paludisme qui au cours des temps fut injustement imputée aux invasions sarrasines.

Le Noir … Table d’orientation Vues sur la plaine du Taravo et la Baie de Porto-Pollo

Le Noir … Table d’orientation Vues sur la plaine du Taravo et la Baie de Porto-Pollo
Ici, se déploie la vision étourdissante de vert et de bleu apportée par les reliefs contrastés de plaine et de collines associés aux deux rives marine et fluviale. Elle évoque clairement la signification et la vocation agricole de la commune de Serra-di-Ferro : « Cime propice à la culture du froment ». Mais, elle rappelle aussi qu’en cette période la plus noire de la course musulmane à travers l’île, les barbaresques utilisent les bons abris du golfe du Valinco pour écumer les côtes de l’île. Ne dit-on pas à ce sujet du port de Porto-Pollo qu’il est abrité des vents et qu’il pourrait loger la plus grande flotte du monde ?
C’est ainsi qu’en 1543, Khayr ad Din, fameux pirate, maître d’Alger, plus connu sous le nom de Barberousse, rode autour des côtes de l’ile avec une flotte impressionnante pour l’époque : 110 navires et 14.000 hommes.
Plus tard en 1561, c’est un autre corsaire, Ulugh Ali, amiral algérien allié au Sultan, qui débarque 600 hommes dans le golfe de Porto-Pollo. Après avoir envahi la plaine et les coteaux voisins, les infidèles repartent avec 300 captifs.
Face à de telles exactions, il ne faut pas croire que les populations locales sont toujours restées passives.
Ainsi, en Novembre 1582, les barbaresques qui menacent Ajaccio sont poursuivis par des troupes composées d’habitants de la cité, qui les rejoignent un peu plus tard à Porto-Pollo. Finalement, après un sérieux engagement, les turcs doivent se retirer abandonnant 20 morts et 19 prisonniers.

Le Noir …. Table d’orientation Vues sur les Tours de Capanella et Capu Neru

Le Noir  …. Table d’orientation Vues sur les Tours de Capanella et Capu Neru
Cette autre table d’orientation procure un panorama aérien, dense et complet de l’anse de Cupabia et de son arrière-pays. Comme elle l’indique, on aperçoit de là en outre les tours de Capanella et de Capu Neru.

Au nord-ouest, Capu Neru et Capu di Muru, quant à lui situé sur l’autre versant de la côte de Cala d’Orsu, se traduisent par caps ou « têtes » noire et mauresque. On envisage alors sans peine depuis ces côtes, le péril turc qui dès l’an 1543 ira isoler le littoral de la Corse.
Venus généralement d’Alger ou de Tunis, « I Turci » comme on les appelle ici, jettent l’ancre en totale impunité sur les bons abris du Valinco où ils installent des quartiers éphémères.

En cette époque de la prise de Constantinople par Mehmet II et du repli des puissances chrétiennes du Levant, toute la Méditerranée est ottomane. Les turcs écument ainsi les côtes de l’île, pillent les campagnes, détruisant les villages, tuant ou enlevant les captifs dont ils ont besoin pour armer leurs galères et alimenter leurs marchés aux esclaves.

Rien alors d’étonnant que de cette période de désolation, la Corse finit par porter le flambeau, symbolisant peut-être ainsi à travers son drapeau, toute sa souffrance et sa résilience.

Le noir … La Tour de Capanella

Le noir … La Tour de Capanella
Dans les années 1580, l’horreur atteint son paroxysme. Les raids barbaresques s’y succèdent et il devient urgent de mettre en place un véritable système de mise en défens des côtes de l’île, et tout particulièrement dans la région de Serra-di-Ferro qui était pourtant relativement peuplée jusqu’au 14ème siècle, et qui est alors abandonnée. Les populations doivent en effet fuir dans la montagne et fonder de nouvelles communautés pastorales dans la haute Vallée du Taravo.

C’est dans ce contexte qu’intervient en 1589 la construction de la Tour de Capanella ou de Capanedda. Dite également des « Tre pievi », sa construction et sa garde furent en effet financées par les populations de l’Ornanu, du Talavu et de l’Istria.
Récemment restaurée par la commune de Serra-di-Ferro, elle peut être visitée pour découvrir les détails de son architecture et atteindre la plate-forme qui est à son sommet d’où il est possible d’assister aux spectacles éblouissants de la mer à perte d’horizon et des couchers de soleil.

Toutes les tours du littoral talavais étaient rondes et constituaient pour chacune d’entre elles un modèle unique. Celle de Capanella surplombe la baie de Cupabia de 106 mètres, comporte deux étages et une plate-forme extérieure entourée de machicoulis. Le rez-de-chaussée servait initialement de soute à munitions. Quant à la porte située à 3 ou 5 mètres de hauteur, on ne peut y accéder que par une échelle qui à l’époque faisait office de pont levis.

Toutes les tours du littoral comportaient des gardiens ou Torregiani, élus et rétribués par les communautés pour assurer un service d’une durée d’un à deux ans. Chaque garnison était composée de trois hommes : un capo et deux soldats. La tâche était lourde et difficile.
Une réglementation très stricte obligeait les gardiens des tours à faire chaque matin et chaque soir, après l’angelus, des signaux de feu ou de fumée : un si la mer était nette de vaisseaux, autant de signaux que le guetteur apercevait de bâtiments dans le cas contraire.
Ainsi en l’espace d’une heure, on pouvait savoir dans toute l’île, si des corsaires étaient en vue.
L’alarme était également donnée par le son du Colombo, qui était une grosse conque marine percée à son extrémité, d’où le souffle humain produisait un sourd mugissement.

Le sentier des douaniers

Le sentier des douaniers
Descendez le chemin qui vous conduit au contrebas de la tour. Une signalétique vous indiquera la direction du sentier des douaniers qui longe la côte jusqu’à la baie de Cupabia.

Il est maintenant temps d’abandonner le Noir et ses épisodes tragiques, pour revenir à la splendeur de ces criques aux eaux cristallines.

A peine dessiné sur les bancs de sable, à travers les pelouses qui bordent le rivage, ou encore à travers les rochers qui offrent des passages escarpés, ce sentier vous permet d’aller de baies en baies. Il vous permet de découvrir cet univers formé d’archipels de la mer où tout est sauvage et sensuel. Il vous apprend que de baie ici il n’y en a pas qu’une.
Dans cet espace protégé par un arrêté de biotope, le peuplement de Genevriers de Phénicie est le plus important de Corse. Se présentant sous la forme d’un arbrisseau ou encore d’un arbre pouvant atteindre un à huit mètres de hauteur, cette espèce de type conifère porte des gros fruits rouges et luisants à la chair fibreuse et très ferme. On les appelle les baies. A travers le maquis, le Genevrier de Phénicie a toujours pour acolytes d’autres plantes à baies comme le myrte, le lentisque et l’arbousier.

La plage de Cupabia

La plage de Cupabia
La plage de Cupabia est une des plus renommée de Corse par sa beauté et ses dunes qui ont une grande valeur aux niveaux sitologique, floristique et phytosociologique.
Le liseré littoral à grands genevriers de phénicie et la dépression humide (étang) qui est en arrière du cordon, participent à la beauté du fond de cette baie de Cupabia.

Cet espace présente trois espèces floristiques rares : la renouée maritime, l’otenthus maritimus, la matthiole sinuée.
Elle comporte des groupements de végétaux qui n’existent pas ailleurs dans le Golfe du Valinco : la guarigue basse et claire à ciste à feuille de sauge et l’association de l’endémique cyrno-sarde qu’est le silène corse.

Nous vous laissons ici l’instant d’une baignade ou d’un déjeuner partagé sur la plage. Par la suite, nous vous invitons à rejoindre Serra-di-Ferro pour récupérer votre véhicule et vous rendre à Porto-Pollo.
Là nous vous attendons où commence l’histoire du Rouge pour continuer à vous guider dans la suite de ce chemin.

Le Rouge … Route départementale 757 de Porto-Pollo à Pente Rossa

Le Rouge … Route départementale 757 de Porto-Pollo à Pente Rossa
Quand la toponymie fait référence au Rouge, ce n’est pas seulement pour évoquer l’éclat des soleils couchants qui font la réputation des sites les plus connus de l’île tels Capu Rossu, Isula Rossa (Ile Rousse) ou encore les îles sanguinaires.

Ici à travers le rouge, elle évoque le plus souvent le sang issu des étangs qui nourrissent moustiques et sangsues et tenaient autrefois pénitents tous les habitants de la contrée en raison de la malaria et des fièvres pestilentielles.

Le rouge qu’elle sous-tend, entretient aussi le mythe de l’ogre et du diable qui s’adonnent à des rites sacrificiels sur les pierres tutélaires, conformément aux légendes entretenues par l’Eglise pour détourner les populations des mégalithes.

Certains lieux dits emprunts de rouge, relatent aussi la fatigue et la chaleur des journées de soleil irradiants et de dur labeur.

Le Rouge … Pente Rosse

Le Rouge … Pente Rosse
Parties des cimes et plateaux de Serra-di-Ferro et de la Punta Contra Grossa, les montagnes prêtèrent leurs flancs pour ouvrir d’anciens chemins de servitude nécessaires aux activités agro-pastorales des populations, revenues au XIXème siècle pour s’établir pour toujours dans cette basse vallée du Taravo.

Tout au long de ces chemins se sont nichés plusieurs petits ravins.

Ici par le toponyme « Pente Rosse », on parle de ravins rouges, vraisemblablement en raison du voisinage de l’étang.

Ces ravins comportent toutes les essences du maquis, d’un paradis vert en vis-en-vis de la mer.
D’un soleil très chaud et matinal, ils ont par le passé récolté les cultures précoces de céréales.
Ces ravins rouges conservent aussi les traces d’une petite colonie de bergers au milieu des chênes, des genevriers et des oliviers : maisons, bergeries, four à pain et aires à blé.
Les hommes et les femmes qui vécurent ici, pourraient sans ambages nous donner des leçons de courage et d’organisation. Si l’étang de Tanchiccia leur assurait l’eau pour les cultures et les pâturages durant l’hiver, il constituait une source terrible de danger en été, où les moustiques porteurs du paludisme, arrivaient pour le peupler. Pour éviter la maladie, les habitants qui s’adonnaient à la polyculture, virent dans la nature plusieurs moyens pour s’en sortir : moisson des blés avant l’été, transhumance du bétail vers la montagne en juin et en juillet, dès leur retour en automne, récolte du maïs dans la plaine riveraine du Taravo.

Aujourd’hui, comme par le passé, les ravins rouges conservent une activité d’élevage qui néanmoins peut-être pratiquée toute l’année. Le risque de paludisme est en effet éradiqué depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, et les traitements biologiques qui sont mis en œuvre aujourd’hui éliminent directement les moustiques sans porter atteintes aux autres espèces.
C’est dans ce contexte assaini que vous rencontrez des vaches à la robe bringée, une authentique souche bovine corse, se nourrissant à leur rythme et en toute liberté de diverses essences du maquis corse. L’exploitation de cette espèce est en biodynamie et a été déposée sous la marque renommée « vache Tigre » par l’agriculteur Jacques Abbatucci. Elle alimente aujourd’hui les grandes tables de Corse et du Continent. Vous pourrez profiter de sa viande d’exception en vous rendant principalement à la boucherie « Vache Tigre » au lieu-dit Fil di Rosa sur la route de Serra-di-Ferro, au Restaurant le Frère situé au lieu-dit Calzola à 15 minutes d’ici, ainsi que dans divers restaurants de Porto-Pollo qui la proposent dans leurs menus.

Le Rouge …. Route départementale 757 Sur le chemin de l’étang

Le Rouge …. Route départementale 757 Sur le chemin de l’étang

Il y aurait tant à raconter sur l’étang, qui de lui seul remplit toute une chronique depuis la nuit des temps. Il fut tant présent dans les esprits et dans la géographie qu’il semble qu’il n’y ait jamais eu suffisamment de termes à lui associer pour ainsi désigner le sort qu’il exerça sur tous les paysages de cette plaine.
On l’appelle ainsi diversement :
- Etang de Tanchiccia pour évoquer les tanches, les espèces d’épineux que l’on trouve à cet endroit ;
- - Etang du Taravo par référence au fleuve qui recouvrait toute la plaine il y a environ 12.000 ans et dont l’étang constitue le résidu à cet emplacement ;
- Etang de Valdarella pour qualifier le relief fait de petites butes et de vallons sur lequel repose son territoire ;
- Etang de Stazzarella, lieu-dit situé aux abords de la route départementale, pour marquer son occupation en des temps préhistoriques. Les hommes de cette époque, outre des cabanes et des thorres, avaient pris soin d’ériger un peu plus loin des tombes pour célébrer leur culte funéraire. C’était des dolmens, dont la légende populaire prétend, par le nom Stazzarella, qu’il s’agissait de petites forges où le diable rangeait ses instruments. D’ailleurs, ne dit-on pas à propos d’un autre étang (celui de Canniccio) situé sur l’autre versant du Taravo, qu’il aurait été creusé par le diable ; lequel épris d’une effroyable colère, jeta un jour du haut de ces calanches ses instruments pour faire naitre un trou béant qui devint cet étang ?


Sur le versant droit de la chaussée, des canaux rejoignent les rives du fleuve du Taravo, pour déverser leurs eaux à son embouchure. Ils sont reliés à l’étang par des souterrains, et marquent ainsi la fin d’une période dont ils constituent l’unique concrétisation.

Dès le XVIIIème siècle, les générations qui se succèdent ont pour primordiale préoccupation l’assainissement de l’insalubre plaine qui inconditionnellement passe par l’assèchement de l’étang. Ils s’appuyaient à cette époque sur une loi ordonnée par Louis XVI et qui avait pour objet l’assèchement des marais. En 1860, sous le Second Empire, la requête des populations s’exprimait encore en ces termes : « L’assainissement du littoral en faisant disparaître les causes de maladies souvent mortelles, permettra (aux habitants) d’abandonner les montagnes pour s’établir dans les plaines où ils trouveront l’abondance et des éléments inépuisables de richesse … »
En 1884, un projet pharaonique est proposé par le service des Ponts et Chaussées : vider la partie du marais qui est desséchable par les procédés ordinaires et, enserrer le reste de l’étang dans l’enceinte d’une digue percée d’un réservoir. Le Ministre de l’Agriculture repousse le projet jugé trop onéreux.
Il faudra attendre la guerre de 1914-1918 pour voir se concrétiser cette initiative maintes fois réclamée. Des prisonniers allemands sont requis pour combler l’étang et construire le canal sous-terrain qui reliera la mer. En 1916, le sous-terrain est achevé, mais la malaria fait ravage et beaucoup de morts parmi les ouvriers. La croix rouge intervient alors et fait cesser les travaux.

Le Rouge …L’Etang de Tanchiccia – Introduction à la visite

Le Rouge …L’Etang de Tanchiccia – Introduction à la visite
Cet étang d’eau douce est peut-être l’un des derniers vestiges d’une vaste zone humide qui occupait la basse vallée du Taravo avant sa mise en valeur pastorale. Ce type d’étang logé à l’intérieur des terres est d’une grande rareté en Corse. Aménagé de façon remarquable, ce monument biologique classé Natura 2000, vous procure à travers une promenade un immense sentiment de bien-être, de quiétude et d’harmonie avec la nature. Des chemins pédestres et sur pilotis, des postes d’observation, une tour panoramique et une aire de repos, vous font découvrir sans la troubler, l’extraordinaire biodiversité de ce milieu.

Le Rouge … L’Etang de Tanchiccia - A Canna (La Roselière)

Le Rouge … L’Etang de Tanchiccia -  A Canna (La Roselière)
A Canna est la plus vaste et la plus emblématique Roselière de Corse-du-Sud. Elle recouvre les trois quart de la surface de l’étang. Ponctuée de collections d’eau, de mares et d’anciens canaux de drainage, elle constitue un lieu calme et attractif pour une grande diversité d’espèces animales.
Elle est en effet fréquentée par des espèces d’oiseaux exigeantes et protégées au plan national. C’est le cas du Héron Pourpré, du Busard des Roseaux ou encore de la Rousserole Turdoïde. Certains oiseaux sont présents toute l’année sur l’étang alors que d’autres ne le sont que temporairement. La nuit la roselière constitue une zone de dortoir pour une multitude d’oiseaux : hérons, hirondelles, canards, étourneaux… Au bout du passage sur pilotis, un poste d’observation, comme d’autres situés sur le site, vous permettent de découvrir en toute discrétion cette avifaune très variée et de vous documenter plus amplement à son sujet grâce à des panneaux didactiques.
En divers endroits, la roselière abrite de nombreuses autres espèces faunistiques : insectes, amphibiens, reptiles.

Le Rouge … L’Etang de Tanchiccia – Insectes, amphibiens et reptiles

Le Rouge … L’Etang de Tanchiccia – Insectes, amphibiens et reptiles
L’étang de Tanchiccia et sa mosaïque d’habitats, concentrent une grande diversité d’insectes parmi lesquels le groupe des libellules (libellules vraies et Demoiselles) occupe une place particulière. Les papillons quant à eux se rencontrent le long des chemins, ont des noms poétiques et arborent des couleurs éclatantes. Ils sont des pollinisateurs indispensables à la survie ou à l’évolution d’un grand nombre de plantes.
Colonisant tout particulièrement les plans d’eau, les amphibiens et les reptiles trouvent dans ce milieu une source inépuisable d’abondance et de pérennité. La grenouille du berger est la plus répandue et la plus facile à observer de sa catégorie en comparaison de la Rainette Sarde que l’on entend plus qu’on ne la voit, et du Crapaud vert qui a des mœurs plutôt nocturnes. Totalement inoffensives, la Couleuvre à Collier de Corse et la Couleuvre Verte et Jaune, sont les deux espèces de serpents recensés à Tanchiccia, comme sur toute la Corse. Quant aux autres reptiles, l’endémique Lézard thyrénien de Corse et de Sardaigne, est omniprésent et actif toute l’année aux abords de l’étang ; cela tandis que la Tortue de Hermann et sa cousine aquatique la Cistude d’Europe ont trouvé refuge à Tanchiccia et plus généralement en Corse où les densités de populations sont plus élevées qu’ailleurs en France. Leur protection est une priorité.

Le Rouge … L’Etang de Tanchiccia – Les plantes

Le Rouge … L’Etang de Tanchiccia – Les plantes
L’étang de Tanchiccia détient une très grande richesse botanique.
Les canaux parcourant la roselière sont le lieu de développement d’espèces protégées comme les Renoncules à Feuilles d’Ophioglosse.
L’étang de Tanchiccia recèle également des plantes vertueuses, c’est-à-dire à usage comestible ou ayant des propriétés médicinales : Ortie, Coquelicot, Guimauve Officinale, Asperge, Fenouil Sauvage, Olivier, Bette Maritime …
Il se distingue également par une flore extraordinairement colorée et diversifiée totalisant 392 espèces et 8% de la Flore de France sur une superficie de quelques dizaines d’hectares.
Enfin, le maquis caractéristique des régions méditerranéennes, est aussi présent avec une variété d’environ 80 plantes : Myrte, Salsepareille, Genevrier, Arbousier…

Le Rouge … L’Etang de Tanchiccia – Le Tamaris d’Afrique

Le Rouge … L’Etang de Tanchiccia – Le Tamaris d’Afrique
L’espace dédié au Tamaris d’Afrique est l’un des plus beaux et des plus poétiques de la visite. A travers son feuillage très fin et sa floraison printanière abondante en grosses grappes roses et blanches, ce petit arbre dégage une impression de flou très élégante et douce. Typique des zones humides, il est essentiel à la fixation des sols sablonneux d’arrière plages et des berges de marais côtiers. Il joue également un rôle de brise vent et limite l’ensoleillement des cours d’eau qu’il borde. Enfin, il constitue un abri pour la faune et notamment les oiseaux et les tortues qui s’y réfugient pour se reposer ou s’y nourrir.
Très propice au développement du Tamaris d’Afrique, l’Etang de Tanchiccia présente de nombreux sujets dont certains sont remarquables par leurs âges et leurs formes. Le Tamaris d’Afrique fait partie des espèces protégées à l’échelle nationale.

La Tour panoramique et l’Aire de repos

La Tour panoramique et l’Aire de repos
Sur les hauteurs du site, culminent la tour panoramique et l’aire de repos. Cela comme si elles nous invitaient à prendre du recul pour embrasser d’un regard l’entier panorama de l’étang et de la plaine riveraine du Taravo, mais aussi pour aborder l’histoire de Tanchiccia.

L’existence de l’Etang de Tanchiccia est intimement liée à l’histoire géologique et à l’évolution de la basse plaine alluviale du Taravo. A la fin de l’ère tertiaire, la mer envahit la plaine et y dépose une couche d’argile. Lors de sa régression, le fleuve du Taravo creuse cette couche et apporte des alluvions qui vont combler le golfe et ainsi susciter la transgression marine. L’étang apparaît alors comme enchâssé dans une crique d’environ 500 mètres de diamètre qui s’ouvre au sud-est sur la plaine du Taravo.
A l’époque romaine, l’étang communiquait avec la mer et fut utilisé comme port par les romains.
Aujourd’hui, il est relié à la mer par un bras mort, ancien lit du Taravo, appelé Pistigliolo. Au milieu du 19ème siècle une route forestière est créée pour desservir Porto-Pollo, et devient une route départementale. Ces aménagements ont pour effet d’endiguer le marais et de circonscrire l’étang.

L’étang de Tanchiccia conserve peu de vestiges du passé. L’aire de repos donne à observer une aire de battage à blé, ainsi que les bergeries et le four à pain de Pente Rosse que vous avez déjà visités. Ces quelques vestiges, témoins de l’activité agropastorale de la Corse sont rares sur le site… Aussi rares que ceux datant de l’Age du Bronze qui renvoient à une occupation humaine beaucoup plus ancienne.
Pourtant, c’est aux environs de l’an 1500 avant Jésus Christ, que les premiers habitants de l’étang apparaissent. Quoique contemporains de cette grande civilisation de la pierre que l’on appelle Mégalithisme, ils développèrent des activités et des modes de vie très caractéristiques et en rapport avec les ressources géologiques du lieu. Grâce à l’argile qui avait été déposée par la mer il y a plus de 3 millions d’années, ils fabriquaient des toits pour couvrir leurs cabanes de pierre. Dans un terrain voisin du périmètre de l’étang, un ancien ouvrage dont le linteau est un menhir, nous laisse la trace de ces surprenantes réalisations. Les hommes des Mégalithes fabriquaient en effet des grandes coupoles à l’aide du genevrier nain qu’ils vannaient. Ils les plaçaient dans un second temps sur les fondations en pierre préalablement montées, puis les recouvraient d’argile. Ensuite, ils allumaient un grand feu à l’intérieur des bâtisses. Le bois de genevrier consumé en charbon, ils ne leur restaient plus qu’à fermer les édifices pour éviter les entrées d’air. Une opération chimique se produisait alors qui rendait l’argile étanche et dure.
L’utilisation de l’argile ne se limitait pas à la fabrication des toits. Et l’on peut dire ainsi que les hommes de cette époque étaient autant des charpentiers que des artisans potiers. L’étang de Tanchiccia et ses proches environs ont en effet livré une série de petits objets taillés avec la pierre ainsi que de nombreux morceaux de céramiques représentatifs de l’Art Cardial. Ces poteries sont ornementées de moulures de coquillages ; lesquels devaient certainement provenir de l’étang.
Car, en ces temps où le paludisme ne faisait pas encore ravage, pas plus que les invasions barbaresques encore plus récentes, il y avait beaucoup d’avantages à s’installer près de l’étang. L’abondance de l’eau ajoutée à l’ensoleillement exceptionnel de ces terres, favorisait la culture céréalière. Des fragments de meules datés de l’âge du bronze et retrouvées près de l’étang, ne négligent pas de le souligner.
Aussi, la faune particulièrement dense qui caractérise l’étang, permettait également aux populations d’alors de s’adonner à des activités de chasse et de pêche et d’en retirer tous les bénéfices.

Le Rouge… De Serra-di-Ferro au Site Préhistorique de Filitosa

Le Rouge… De Serra-di-Ferro au Site Préhistorique de Filitosa
La basse vallée du Taravo où nous sommes, a livré les plus rares témoignages des premiers habitants de l’île, à travers plusieurs sites préhistoriques.
A Serra-di-Ferro, le lieu-dit Basi est le site fondateur de la préhistoire de la Corse. Destiné uniquement aux fouilles archéologiques, il a livré des vestiges des premiers agropasteurs de l’île et a donné son nom à une phase culturelle de la préhistoire récente, le Basien. Il a également révélé de nombreux objets relatifs à l’artisanat préhistorique dont de célèbres vases poinçonnés et peints exposés au Musée du Mégalithisme de Sartène.
Les hommes préhistoriques de Basi sont aussi les bâtisseurs de plusieurs monuments dont la statue-menhirs le Paladin et le Dolmen dit « Tolla di U Turmentu » ; ce qui signifie « table des tortures, des sacrifices de chairs humaines et de bêtes ». Cette appellation n’a rien à voir avec la signification des dolmens qui étaient en réalité des tombes collectives ou destinées à des personnages illustres des communautés d’alors. La prégnance de ce fond légendaire dans la mémoire populaire est le fait de l’église qui visait ainsi à détourner les populations de leur civilisation d’origine afin de les convertir au christianisme. Tour à tour, table de torture, forge du diable, camp des turcs ou des sarrasins, les sites préhistoriques et leurs monuments font aujourd’hui encore écho au rouge et au noir.
Longez à présent la plaine du Taravo en direction de Sollacaro, pour vous rendre au site Préhistorique de Filitosa, situé à 6 kilomètres de Porto-Pollo. Classé Monument historique, il est l’un des plus grands centres de l’art statuaire corse et l’un des plus prodigieux de la Méditerranée. Pour visiter ce site, vous devrez vous acquitter sur place d’un droit d’entrée.